Respecter le lieu
La visite du site nous plonge dans un espace calme et arboré, où l’ombre est assez présente. Le bruit de la rivière, la couleur et la température particulière des ses eaux, renforce cet effet d’îlot de fraîcheur et font de la balade un moment agréable, comme suspendu. En traversant la Guisane, c’est la vallée toute entière qui se devine, jusqu’à la figure lointaine de Rochebrune, loin en aval. La demande de la commune de La Salle les Alpes et d'offrir un passerelle piétonne et cycle pour relier deux quartiers en reconversion, ainsi qu'un quai d'attente pour une navette d'hiver qui permet aux skieurs de rejoindre facilement les deux points. Le parti pris architectural est de mettre en valeur la qualité intrinsèque du lieu, sans essayer de le transformer ou d’en faire trop. Celui-ci se suffit à lui même et l’architecture peut se fondre dans cet espace de sous-bois, à le mettre en valeur, sans le dénaturer. L’architecture reprend aussi à son compte le patrimoine vernaculaire de la vallée, de manière contemporaine.
Petites architectures
Beaucoup d’ouvrages existants rencontrés sur le territoire présentent des détails constructifs et des structures apparentes souvent peu travaillées, habillées d’un revêtement en bois pour « cacher » la structure, les défauts et les inélégances de l’ensemble. Cet habillage, constitué de grosses sections, vient « barrer » la rivière ou le torrent de sa présence. Une fois sur la passerelle, il ne laisse pas ou peu entrevoir le cours des eaux. L’infrastructure est alors très présente dans le paysage. Trop présente. Il est proposé ici de faire oublier le caractère infrastructurel de la passerelle, et de le considérer plutôt comme faisant partie intégrante du paysage. Elle devient un objet discret, élégant, qui participe à mettre en valeur l’essentiel : la magie du lieu, l’eau, la vue. Pour cela, nous proposons d’alléger les sections des gardecorps au maximum pour laisser passer la vue et d’intégrer la structure dans un ensemble cohérent et simple.
La structure principale se compose de 2 poutres métalliques filantes, formant un tablier triangulé droit. Ce tablier épais est ensuite simplement habillé par un garde-corps léger aux sections verticales fines, en mélèze, reprenant les rythmes des balcons rencontrées dans les villages alentours. L’unité des matériaux est recherchée et l’ensemble des pièces métalliques thermolaquées d’une seule et même teinte, pour préserver le caractère d’ensemble. Les détails d’assemblage sont eux aussi travaillés pour intégrer au maximum la structure à l’ensemble. L’avantage de ce choix structurel de tablier épais (plutôt que des poutre treillis) est aussi son caractère économique. Au sol, un platelage bois opaque occupe la partie centrale de la passerelle. Sur les côtés, un caillebotis léger permet au regard de suivre le cours d’eau sans contraintes, et permettra d’évacuer la neige, évitant ainsi les surcharges d’exploitation qui pourraient entrainer des augmentation de structures.
De la même manière que pour la passerelle, le quai d’attente s’intégre au sous-bois en offrant un espace accueillant, ouvert, et sans fioritures. Reprenant le dessin léger de la trame verticale des garde-corps de la passerelle, il indique sa présence discrète par une simple avancée hors de la frange végétale, comme si il venait accueillir la navette. Afin de «casser» le linéaire important de cet ouvrage, tout en s’adaptant à la parcelle proposée, son implantion s’élargit côté Pontillas, s’ouvrant vers l’arrivée de la navette et protégeant du vent côté passerelle. Le quai est couvert par une toiture fine qui ne dénote pas avec le vocabulaire vernaculaire de la vallée. Côté pâturages, c’est la ligne de la toiture qui viend intégrer le quai au paysage, formant un couvert accueillant dans le prolongement de la canopée. Enfin, la forme du toit est légèrement pliée, renforcant la dynamique de l’ensemble, tout en créant une ouverture accueillante de la structure.
Matériaux et teintes
Une unité de matières est proposée, tant pour la passerelle que pour la quai, afin d’éviter l’effet patchwork. Ainsi, les essences de bois sont homogènes, les éléments métalliques thermolaqués dans une teinte unique, les sections uniques. Mélèze des Alpes, béton brut, métal thermolaqué teinte brun et caillebotis galvanisé offre une palette de couleur sobre qui s'intègre au mieux au paysage, que ce soit en été ou en hiver.
