Habitat participatif
L'association et SCIA Les Silènes, collectif d'habitant, a répondu en 2021 à un appel à projet d'habitat participatif lancé par la commune de Puy Saint André sur une parcelle située au hameau de Puy Chalvin, avec une demande forte d'une démarche environnementale et éco-responsable ambitieuse. Le projet consiste en la construction de 8 logements, d'espaces de vie commune et des aménagements extérieurs, sur l'emprise mise à disposition par la mairie. Il se compose de 4 bâtiments de 2 logements chacun, groupés en 2 cages d'escaliers communes. Ces bâtiments s'organisent avec un rez-de-jardin accueillant des espaces communs (cavesn buanderie, ateliers) et les logements à rez-de-chaussée et à R+1. Une maison commune rassemble une grande salle commune et une cuisine, ainsi qu'un grand local pour les vélos électriques complètent le programme. Les volumes sont conçus dans leur intégralité mais livrés Hors d'Eau Hors d'Air, le collectif des Silènes prenant en charge une partie des travaux en auto-construction.
Frugalité et Bon Sens
Une logique de frugalité est maintenue tout au long du projet, en lien avec l'exigence de la commune et les convictions du collectif. Les besoins techniques ont été questionnés et optimisés : chauffage et ventilation réduits au plus simple, mise en commun d'espaces techniques, photovoltaïques et panneaux solaires ECS. La forte demande de frugalité des Silenes a ainsi permis de trouver des solutions inédites : toilettes secs dans les appartements, compostage commun, dortoir commun... notamment.
Les bâtiments sont conçus de manière compacte et minimisent leur impact sur le site. Ils sont orientés afin d'exposer un maximum de linéaire de façade au Sud et permet d'augmenter ainsi apports énergétiques et lumière naturelle, dans une démarche de conception bioclimatique.
Les façades sud sont doublés de large balcon et d'un débord de toiture permettant de gérer les apports solaires tout en offrant des espaces extérieurs très qualitatifs vers la sublime vue sur la vallée de la Durance.
Prolonger le Hameau
Puy Chalvin est une agglomération d’anciennes bâtisses caractéristiques du Briançonnais, toitures surplombants la vallée auxquelles s’ajoutent quelques bâtiments identitaires et caractéristiques: un four banal, la chapelle Sainte-Lucie, l’ancienne école transformée en logement, notamment. L’unité du hameau ancien est lisible, et le parti du projet est de conserver et prolonger cette unité, en proposant une mixité d’usages entre espaces publics et privés, ruelles et places. Les parcelles du projet sont situées juste à l’est de l’ancienne école, à la charnière avec les nouvelles habitations qui sont jusqu’à présent «décollées» du tissu villageois. Cette situation offre l’opportunité d’assurer une couture bâtie entre le centre ancien et ces habitations récentes, et ainsi recréer un continuité du tissu urbain du hameau.
Volumes et rythmes
Le centre du hameau présente un épannelage des bâtisses le long de cheminements qui suivent les lignes de niveaux. Un système de rues hautes et basses permet une pluralité d’accès et d’usages, tout en permettant de ménager une grande densité d’habitat. C’est ce système très particulier, propre à Puy-Chalvin, qui est repris pour donner son implantation aux 4 blocs de logements, qui alignent leur façades le long d’une courbe de niveau en partie haute du terrain, parallèlement au «chemin du facteur». Cette implantation dégage au maximum les façades sud des habitations existantes à bonne distance des vis-à-vis, permettant au passage un ensoleillement idéal. Une ruelle haute et une ruelle basse organisent les accès et évitent l’effet «aveugle» des façades Nord trop souvent délaissées de certains ensembles groupés. Les 4 blocs de logements profitent aussi de 4 façades et d’accès traversants entre ruelle haute et basse, par le biais des circulations centrales, dans une logique de petit village et de mutualisation des accès. Les soubassements semi-enterrés, accueillent des espaces communs et isolent les logements du froid, du radon et des vis-à-vis, en reprenant les premiers niveaux de la ferme traditionnelle.
Vernaculaire contemporain
En lien avec le patrimoine de montagne du haut Briançonnais, les différents volumes du projet forment un hameau travaillé comme une version contemporaine du hameau ancien. Les typologies anciennes sont réinventées, jusque dans les moindres détails. Ainsi, les complexe de couverture ménagent des rives fines, et des débords de toitures cohérents, avec chevrons apparents. Les garde-corps reprennent les rythmes verticaux et horizontaux en bois dans une lecture contemporaine et simple. D’une manière générale, le rythme vertical des éléments de bois est privilégié, et notamment pour marquer les triangles des combles en pignons, rappelant les modénatures patrimoniales de montagne. Les grands balcons en façades sud s’inspirent des typologies rencontrées dans le hameau, avec une séries de poteaux fins en bois toute hauteur, et des solives apparentes en sous-face. Les lignes architecturales des différents bâtiments profitent ainsi d’une écriture lisible, simple et familière, tout en se démarquant par une certaine élégance, inspirée de la sobriété vernaculaire de nos habitats montagnards.
La dualité massif / léger se retrouve dans des matérialités adaptées à leur fonction primaires : porter / élancer. Le socle minéral en béton, le revêtement enduit à la chaux et sable ocré, la rythmique du bois et ses variations de teintes si caractéristiques au mélèze, sont en lien direct avec le patrimoine bâti des vallées briançonnaises : le bois est ainsi présent mais sans être dominant, en équilibre sur un bâti compact. Malgré une construction majoritaire en structure bois et remplissage paille, le corps des bâtiments des logements est traité par des enduits clairs, apportant aux volumes leur caractère minéral. Les soubassements béton sont laissés bruts. Pour tous les batiments, le mélèze est l’essence privilégiée pour les éléments rapportés en façade: habillage des pignons et des sous-toiture, menuiseries, portes, structure des escaliers communs et des balcons. Le bois sera laissé naturel (non traité).
Prairie ouverte
Le parti paysager du projet consiste à conserver l’esprit du site et la couture avec les champs existants en aménageant des sous-espaces correspondant aux divers usages. Aucune clôture n'est prévue sur le projet afin de respecter la logique d’ouverture des hameaux traditionnels de montagne : en somme, des bâtisses regroupées dans une prairie ouverte. Les espaces extérieurs (qui sont tous communs) sont ouverts sur le reste du hameau et organisés en entités spécifiques selon les usages : espace de jeux, espace de rassemblement, espaces calmes, espaces de bricolage, etc. Le site a été pensé selon deux graduations : du sud vers le nord, du public vers le privé, d’ouest en est, des espaces de regroupements vers des espaces plus intimes.
